jeudi 7 février 2013

Napoléon au Mali : New Afghanistan ?


Les richesses controversées du Sahel attisent la convoitise des grandes puissances internationales, désirant s’en assurer le contrôle. Dans un contexte géopolitique mondial marqué par la crise financière, les enjeux énergétiques sont, plus que jamais, au centre des conflits internationaux. Durant les dix dernières années, le Sahel s’est érigé, malgré sa pauvreté manifeste, en un hub énergétique mondial particulièrement convoité. Dans cette vaste région où, la nature des reliefs, les espaces lacunaires et les angles morts favorisent l'amplitude et l'imbrication des flux criminels de tous bords, la guerre livrée par la France et ses coalitionnaires, au nom de la "lutte contre le terrorisme", si chère à Mr. Bush, risquerait bien d’être l’arbre qui cache la forêt.  

Fraîchement sortie socialiste ou, du moins, "socialisante", la France officielle, qui voulait plutôt prendre ses distances avec le périlleux héritage de la France-Afrique dans la sous région, s’est fait, subtilement attrapée par le syndrome de la guère au Nord du Mali.

Pour l’oncle Napoléon, les prétextes ne manquent pas, quand bien même, ils relèvent du registre de la grande contradiction. De la célébrèrent triste, "logique de guerre" de Mr. Mitterrand, lors de la première guerre du golf contre l’Iraq, à la récente décision de Mr. Hollande, d’envoyer son armada au Nord du Mali, les réflexes sont restés les mêmes. L’instrumentalisation politique de la lutte contre le terrorisme d’Al-Qaïda est invoquée de nouveau dans un emprunt explicite au vocabulaire belliqueux des néoconservateurs américains. Pas de quoi se vanter pour une France qui se veut aux yeux des Africains, tout comme des Américains et des Nations unies, la "puissance indispensable" dans la sous région.

Alors pourquoi donc, la France, qui ne cache pas son appui aux groupes Salafistes armés de la nébuleuse Al-Qaïda en Syrie, s’empresse-t-elle en va-t-en- guerre contre ces même groupes au Sahel ? La réponse est forcément politique et pas juridique, comme l’avait récemment expliqué le juge antiterroriste français Marc Trévidic, dans une entrevue au Journal du dimanche.

Certes, le Sahel est devenu un espace de confrontation géopolitique et géostratégique entre les différentes puissances régionales et internationales, pour le contrôle des richesses naturelles qu'il recèle: pétrole, gaz, or, phosphates, diamants, cuivre, fer, charbon, nickel, zinc, bauxite, uranium, plutonium, manganèse, cobalt, argent, chrome, étain, sels minéraux, eaux douces, poissons, crustacés, diversité biologique, cheptels de bétails, bois précieux, etc.

Zone charnière entre l’Afrique subsaharienne et la Méditerranée, avec ses 80 millions d’habitants, ce vaste territoire de plus de 9 millions de km², difficilement contrôlable, est devenu un sanctuaire dédié à l’insécurité. Écologiquement et économiquement délabré et laissé pour compte, l’immensité du Sahel a constitué un véritable Eldorado pour abriter les nouveaux terrorismes franchisés d’Al-Qaïda (Aqmi, Mujao, Ansar Dine, etc.) qui cohabitent désormais, avec les activités illicites et criminelles de tous bords.

Une véritable géopolitique des tubes, sur un fond de rivalités internationales croissantes, commence à se dessiner au Sahel. Dans cette vaste région débridée, allant de l'Atlantique à la Somalie et de la Méditerranée au Golfe de Guinée, l'évaluation des enjeux de sécurité à travers le prisme des flux dévoile les parcours transsahariens qui, loin d'être des terroirs hermétiques et compartimentés, se chevauchent et se recoupent pour créer une multitude d’équations géopolitiques intangibles.

Les grands États de la planète s’activent depuis quelques années déjà pour organiser progressivement le désenclavement des richesses du Sahel afin de les acheminer ensuite vers les zones de consommation, en Asie via le Soudan, en Amérique via le Golfe de Guinée et vers l’Europe continentale à travers l’Atlantique, le Sahara et le Maghreb.

Paradoxalement, l'abondance des ressources naturelles et l’importance de la position géostratégique de la région du Sahel vont de paire avec la fragilité de la plupart de ses États eu égard à leur instabilité et insécurité caractéristique. Avec une démographie galopante, qui devrait atteindre 100 millions d’habitants en 2020, avec un taux d’illettrisme qui dépasse 54%, une pauvreté endémique qui touche au-delà de 50% des populations, une corruption généralisée, une conflictualité constante, le Sahel est resté une région en panne.

La conjugaison de l’ensemble de ces problèmes génère souvent des crises politiques et militaires ou des catastrophes alimentaires, des pénuries, des famines et des disettes récurrentes qui engendrent des déplacements massifs de populations en désordre sous formes de réfugiés et/ou de migrants clandestins. Le jeune cinéaste et musicien canadien d’origine sénégalaise Musa Dieng Kala, ne serait pas le seul à s’interroger dans son film : "Dieu a-t-il quitté l’Afrique ?"

Des puzzles de la Seibâ aux prismes des flux
L’étymologie du terme "Sahel" est profusément contrastée. Mot arabe qui signifie littéralement rivage, le Sahel désigne aujourd’hui exactement le contraire de son sens d'origine. A priori, le Sahel serait là, où la régularité des conditions d'écologie et de climat rend à nouveau, la vie possible après le franchissement, particulièrement pénible, de l’immense désert saharien. De nos jours, le Sahel est antinomique de sa propre signification.

Déjà, à l’époque médiévale, les anciens géographes arabes distinguaient, en se référant aux grands empires sahéliens, entre deux notions : "Bilad es Seibâ" ou pays de la dissidence et, "Bilad es Silm" ou pays de la paix. Entre ces deux repères géographiques, il y avait toujours eu des espaces d’indécisions sociologiques, politiques, économiques et militaires. Il s’agit d’un espace mouvant où des puzzles de terroirs, pratiquement incernables et indécis, oscillaient selon les dispositions des rapports de forces conjoncturels, entre les différents centres de décision politico-militaires, plus ou moins stables et sédentarisés situés sur les confins de cette région.

Les modes opératoires de gestion de l’espace sahélien n’avaient pas connu de changements véritables depuis des siècles. Les anciennes revendications territoriales, commerciales ou culturelles, notamment pour l’accès à l’eau, à la terre et aux ressources naturelles, s’imbriquent de nos jours, avec les nouvelles difficultés générées par la mondialisation des flux d’échanges planétaires. Les modes traditionnels d’exercice du pouvoir sur ces espaces charnières, sous-administrés et sous-défendus de tous les temps, se faisaient à travers des droits de passage, de protection et d’usufruits réclamés par les riverains.

En effet , ce fameux territoire du Sahel, vulnérable du fait même de sa géopolitique saharienne propice à la dilution des frontières et à la mobilité des personnes, des montures et des équipements logistiques, a été historiquement le théâtre éludé de nombreux flux ambulants : humains, marchands, financiers, culturels, religieux et militaires. Nonobstant, le champ sahélien n’obéit pas à un système de forces homogènes. Il reste incapable de s’autoréguler, de parvenir à une certaine stabilité autour d’un ultime point d’équilibre. Les altercations au Sahel évoquent les dissonances d’un orchestre sans chef.

État postcolonial et facteurs d’instabilité
La fragilité endogène du Sahel découle d’une profonde vulnérabilité des États postcoloniaux qui en composent le tissu. Espace tampon, mais surtout espace de contacts et d’échanges, le Sahel ne cesse de développer une conflictualité endémique de plus en plus difficilement contrôlable. Dans cette région, les facteurs déstabilisateurs sont nombreux et variés : la fragilité structurelle et conjoncturelle de ses États, l’extrême pauvreté de ses populations, la sécheresse et la dégradation de son milieu naturel, les luttes internes de pouvoir qui y gangrènent, la militarisation croissante de ses rapports sociopolitiques, la forte pression de sa démographique, les conflits régionaux, l’insécurité généralisée et les velléités étrangères, qui la transforment en espace de confrontation géopolitique permanente.

Un demi-siècle après leur indépendance, les États postcoloniaux demeurent incapables de parachever leurs autorités sur leurs propres territoires. Le délitement de tout État fragile le livre potentiellement à ses forces anarchiques intrinsèques et/ou à la domination extérieure. Étant un espace particulièrement sous-administré et mal géré, le Sahel souffre d’une mauvaise gouvernance chronique qui hypothèque dangereusement son avenir.

Les douze pays qui constituent officiellement la région du Sahel sont pratiquement classés, à un titre ou un autre, comme pays fragiles selon les critères de l’OCDE. Ce classement signifie que les systèmes de sécurité des pays concernés, sont incapables de jouer avec efficience le rôle majeur qui leur est dévolu. Ce rôle qui consiste à assurer la protection de la souveraineté, du territoire, des personnes et des populations des pays en question. Pire encore, dans certains contextes, les crises d’instabilité qui affectent périodiquement et/ou fréquemment ces pays, faisaient apparaître leurs systèmes de sécurité comme étant cause ou partie prenante dans les facteurs d’insécurité et d’instabilité qui menacent la démocratie, l’État de droit et la sécurité humaine dans lesdits pays. Seuls deux pays du Sahel sur douze avaient échappé à un coup d’État militaire en 45 ans, seuls quatre pays membres de la CEDEAO sur 15 n’ont pas été affectés depuis 30 ans par un conflit violent aux frontières ou à l’intérieur.

Au Sahel, l’insécurité revêt plusieurs facettes. Les flux de la criminalité organisée y ont trouvés largement leur place, soit en s'adossant aux circuits traditionnels des flux d’échange, soit en occupant les espaces laissés vacants par la relâche des États affaiblis. Allant du trafic des migrants clandestins, estimé entre 65.000 à 120.000 par an, à celui des armes légères avec environ 8 millions de pièces qui circulent en Afrique de l’Ouest, dont plus de 100.000 kalachnikovs au Sahel, en passant par celui des drogues, pour finir avec le terrorisme régional et international. La criminalité organisée, y compris le terrorisme transsaharien, a été érigée en créneau porteur à travers une dynamique capitalistique en plein essor dans un environnement d’extrême pauvreté.

Enjeux énergétiques et conflits d’intérêts :
Dans un contexte géopolitique mondial marqué par la hausse continue des cours des hydrocarbures et une forte demande en la matière, les appétits des grandes puissances sont facilement attisés. La crise financière internationale et les revirements des conflits d’intérêts internationaux dans la région du Sahel, particulièrement riche d’importantes réserves d’énergies fossiles et de gisements de minerais stratégiques, récréent une tentation énorme chez les grandes puissances à trouver un prétexte pour s’y déployer. Tant pis pour la légalité internationale et la démocratie !

Dans ce contexte, la France dispose d’une longueur d’onde considérable par rapport aux autres. Elle possède déjà des troupes positionnées dans la région du Sahel ou à proximité et, dispose de quatre bases militaires permanentes : au Sénégal (1200 hommes), au Tchad (1250), en Côte d’Ivoire (2000), au Gabon (900) et à Djibouti (2900), en plus de sa présence limitée et non permanente dans d’autres pays de la sous région comme le Cameroun, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Centrafrique.

Concernant les États-Unis, bien que leur présence militaire officielle au Sahel n’existe pas encore, les câbles diplomatiques dévoilés par WikiLeaks révèlent une autorisation "réticente" de survol accordée par les autorités algériennes à l’US Air Force pour des missions au Sahel contre l’Aqmi. Déjà, les États-Unis avaient lancé dès 2002 l’initiative Pan Sahel et organisent régulièrement les exercices militaires de type Flintlock avec les armées des pays du Sahel. En Décembre 2008, la Force tactique en Europe du Sud (SETAF) a été transformée en U.S Army Africa (Armée USA pour l’Afrique), qui est une composante du Commandement Africa (AfriCom) devenu opérationnel depuis octobre 2009. D’après des officiels US, cette transformation constitue une "nouvelle façon de regarder vers l’Afrique". Bien que la base de l’U.S Army Africa soit actuellement à Vicence en Italie, ce corps opérera sur le continent africain avec de petits groupes pour conduire des opérations de "réponse aux crises" en se servant de la 173ème Brigade aéroportée. Fruit de la reconnaissance américaine de l’importance stratégique croissante de l’Afrique, l’U.S. Army Africa continuera à s’agrandir dans le cadre de commandement des forces navales AfriCom.

La Chine a également fait ses entrées économiques colossales dans la région du Sahel depuis quelques années déjà. La concurrence chinoise avec les autres pays est en expansion. La Chine est actuellement le second partenaire commercial de l’Afrique, après les États-Unis. Les investissements chinois sont en forte croissance même dans les pays traditionnellement liés aux USA. En Éthiopie, la China Exim Bank a investi récemment 170 millions de dollars pour la construction d’un complexe résidentiel de luxe à Addis Ababa, et une autre société chinoise, Setco, a annoncé la construction de la plus grande usine de pvc dans ce pays. Au Liberia, la China Union Investment Company a investi 2,6 milliards de dollars dans les mines de fer. Des sociétés chinoises ont effectué aussi de gros investissements qui dépassent 2 milliards de dollars par pays, dans les secteurs pétroliers au Nigeria et en Angola, jusque là dominés par les compagnies occidentales.

Israël est présente au Sahel elle aussi, l’Iran s’intéresse aux minerais stratégiques du Sahel, l’uranium notamment et, cherche à y réaliser des percées substantielles. La Russie, l’Inde et le Brésil seraient aussi déterminés à être de la partie. L’intensification de la présence économique et militaire des acteurs extérieurs et les conflits d’intérêt qui en découlent, contribuent à déstabiliser davantage les États fragiles et affaiblis dans la région de Sahel.

A partir de 2015, l’Afrique sub-saharienne serait susceptible de devenir pour les États-Unis une source d'énergie aussi importante que le Moyen-Orient, disposant de quelques 60 milliards de barils de réserves pétrolières avérées. Les experts s'attendent à ce que 1 sur 5 barils de pétrole entrant dans le circuit de l'économie mondiale proviendrait du golfe de Guinée, et que la part des importations américaines du pétrole africain passera de 20% en 2010 à 25% en 2015. Les investissements des compagnies pétrolières européennes et américaines sont en constante progression depuis 2000. ELF y puise près de 60% de sa production de pétrole. Total et Gazprom s’apprêtent à financer le projet de gazoduc transsaharien de 4000 km pour relier le Nigeria à l'Algérie d'ici à 2015. L’attractivité du golfe de Guinée est de plus en plus grandissante depuis la mise en service, en 2003, de l’oléoduc Tchad-Cameroun qui relie les champs pétrolifères de Komé, dans le sud-ouest du Tchad au terminal maritime camerounais de Kribi, sur un parcours de 1.070 km.

C’est au gré des intérêts croissants des puissances internationales que la tectonique des frontières conflictuelles sera de plus en plus récurrente dans la région du Sahel. La sécession du Sud Soudan a été consommée, celle du Mali est encore crue. D’autres scénarios sont probables dans cette région extrêmement riche en ressources naturelles.

La demande mondiale en pétrole et en gaz naturel étant appelée à doubler dans les vingt prochaines années, le Sahel pourrait alors jouer un rôle prépondérant de fournisseur d’énergie. Sans compter le potentiel d’Algérie en pétrole et en gaz, le Mali est troisième producteur d'or du continent, le Niger avec ses gisements d'uranium, qui le placent au second rang mondial, la récente entrée de la Côte-d'Ivoire, du Ghana, du Tchad et de la Mauritanie dans le groupe des pays producteurs de pétrole, confirme la tendance. La production du champ off-shore ghanéen est estimée à 120.000 barils/jour, celle de Côte-d'Ivoire à 80.000 barils/jour. C’est dans ce contexte, des stratégies de positionnement, de prise de contrôle, d’encerclement et de contre-encerclement que se définissent des enjeux géopolitiques, géostratégiques et géoéconomiques de la zone sahélienne.

En conséquence, une grande partie des populations pauvres du Sahel, dépourvues de leurs droits à la sécurité humaine au sens élargi du terme (incluant la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, l'accès à l'eau potable, etc.), se retrouvent souvent contraints de prêter allégeance à des groupes criminels, rebelles et/ou terroristes soit pour bénéficier des retombées des trafics illicites ou pour obtenir une ultime protection. A cela s'ajoutent les effets pervers de la mise en place d'économies parallèles bâties sur la corruption et le racket, et enfin, la sanctuarisation de groupes terroristes délocalisés d’Al Qaida, Aqmi et Cie.

Terrorismes franchisés et géopolitique des menaces
Au Sahel, toutes les menaces d’insécurité s’entremêlent. L’islamisme combattant va de pair avec le terrorisme international, la piraterie et toutes sortes de trafics illicites. Les anciens réseaux et ceux récemment recréés s’imbriquent pour pérenniser et sécuriser le système de la criminalité internationale organisée en s’affranchissant des distances et des frontières. En pleine mutation, ces différents réseaux transfrontaliers bénéficient grandement des recettes des trafics pour acquérir de nouveau les moyens nécessaires pour pouvoir développer et continuer leurs activités criminelles.
C'est pourquoi en réalité, il ne peut y avoir de lutte anti-terroriste efficace sans lutte globale contre toutes les autres formes de criminalité. L’interdépendance des phénomènes étant désormais corroborée. Guidées principalement par leurs soucis de survivre et leurs intérêts convergents : les organisations criminelles profitent des actions violentes des organisations terroristes, des guérillas et des rébellions locales, tandis que ces dernières bénéficient des financements que les activités criminelles sont en mesure de leur fournir. Actuellement, la collaboration entre AQMI et les réseaux mafieux du Sahel se développe plutôt vers une forme de spécialisation de l’entreprise criminelle. Cette tendance a été révélée en Mauritanie en 2010 à travers l’affaire controversée d’Oumar Sahraoui. Il existerait d’autres hypothèses sur une éventuelle dérive narcotrafiquante signalée depuis quelques temps chez le Front Polisario et aussi chez certains leaders des Mouvements indépendantistes de l'Azawad.

Infiltrés aussi bien par les services de renseignement des pays riverains comme par les centrales d’intelligences internationales, la dynamique des réseaux terroristes s’imbrique avec les calculs géopolitiques des rivalités régionales extrêmement sensibles et complexes. Cette attitude alimente l’instrumentalisation de la sécurité comme enjeu majeur dans les rapports de force tout comme dans la gestion des conflits d’intérêts politiques, économiques, et stratégiques à l’échelle régionale. Les cas de figures sont nombreux et diversifiés, allant des subtiles controverses des relations bilatérales entre l'Algérie et la France, fortement marquées par le poids du passé colonial, aux instigations des conflits régionaux ajournés, dont la persistance constitue une source d’inquiétude supplémentaire pour la sécurité de toute la région, notamment, dans les cas du Sahara occidental et celui du mouvement indépendantiste touareg dans le Nord du Mali.

L’implication de la communauté internationale (ONU, G8, UE) dans le renforcement des capacités du système régional de sécurité au Sahel se heurte à plusieurs difficultés. Au delà des problèmes d’encrage juridique, institutionnel et politique, de manque de moyens financiers et logistiques, d’absence de réforme du secteur de sécurité, la coordination des efforts de lutte contre les menaces d’insécurité au Sahel prêtent souvent à une tentation d’internationalisation de la menace Al-Qaïda dans cette région par transposition du modèle Afghan. Cette perspective est souvent assimilée à une sordide connivence avec des agendas néo-colonialistes dont les objectifs inavoués visent le contrôle par des puissances occidentales, les Américains et les Européens notamment, de la route de l'ouest des flux énergétiques notamment dans les nouveaux sites de réserves récemment découvert dans cette région, au détriment des autres puissances régionales ou internationales comme les Russes, les Chinois et les Brésiliens, etc.

Mauritanie : risques d’enlisement
Dans le cas de la Mauritanie, les menaces d’insécurité au Sahel et leurs incidences directes et indirectes se conjuguent avec la complexité de la condition géostratégique structurellement fragile de ce pays. Le résultat est un véritable engrenage de postures inquiétantes voire dangereuses.

Au lendemain de la sortie d’une longue série de périodes d’exception en cascades, la Mauritanie, qui reste fortement tributaire des écarts disproportionnés entre la géographie de son histoire et l’histoire de sa géographie, se trouve aujourd’hui inopportunément piégée au milieu d’un duel périlleux entre des David et Goliath en lutte pour le contrôle du Sahel.

Au terme d’un demi-siècle d’indépendance, la Mauritanie est de nouveau attrapée dans les feux croisés d’une bataille que se livrent des stratégies internationales et sous-régionales diamétralement opposées, quand bien même, elles sont subtilement convergentes et coordonnées. Les arrangements tactiques franco-américains conflueraient actuellement pour faire de la Mauritanie une pierre de lance dans leur lutte contre Al-Qaida dans la région du Sahel. Pourtant, le pays reste pleinement visé par la nouvelle stratégie de survie d’AQMI à travers sa descente dans l’espace saharo-sahélien après les attaques de l’aviation française au Nord du Mali.

Depuis plus d’une décennie, le no man’s land mauritanien est devenu un terrain d’accueil privilégié pour le potentiel de nocivité des différents réseaux terroristes et contrebandiers délocalisés dans la région du Sahel. Étant le plus grand portail atlantique du Sahel avec ses 754 km de côtes, sa superficie surdimensionnée de plus d’un million de km², ses reliefs difficiles et accidentés, ses labyrinthes désertiques à faible densité humaine, la Mauritanie est par excellence le pays sahélien le plus fragile et le moins contrôlable. Désormais, les lisières périphériques du Nord et du Nord-est de la Mauritanie, où les frontières avec ses voisins d’Algérie et du Mali se perdent immuablement dans l’immensité impitoyable du désert, offrent indiscutablement un véritable paradis pour toutes sortes de trafics illicites : armes, tabac, carburant, drogues, devises, etc. 

Cependant, la Mauritanie est restée curieusement le maillon le plus faible de la région du Sahel, malgré son potentiel considérable de ressources naturelles. Les statistiques de GlobalSecurity estiment que le budget annuel alloué aux dépenses militaires en Mauritanie ne dépassait pas le montant de 19 millions de dollars US en 2005, contre 45 millions pour le Niger, 50 millions pour le Mali, 117 millions pour le Sénégal, 2,3 milliards de dollars US pour le Maroc et 3 milliards pour l’Algérie, au titre de la même année. Au titre de l’année 2013, il est attendu que les crédits défense/sécurité, proposées dans le cadre du budget mauritanien atteindraient à peine 150 millions de dollars.

Certes, la Mauritanie est héritière de l’empire des Almoravides ou al-Murābitūn, cette dynastie berbère, qui avait constitué le plus grand empire du Sahel, englobant la partie Ouest du Sahara, la partie occidentale du Maghreb et une bonne partie de la péninsule Ibérique au XIe et XIIe siècles, après avoir repris Aoudaghost, principal comptoir commercial sahélien de l’empire du Ghana en 1054, avant de fonder Marrakech et de conquérir l’Espagne en 1086.

Plusieurs siècles durant, les anciennes cités historiques de Mauritanie comme Ouadane, Tinigui, Chinguetti, Azougui, Tichit, Oualata, Combi Saleh etc., avaient brillées par leur inexorable pratique de commerce transsaharien florissant et leurs importantes positions géostratégiques et militaires. Au début du 20éme siècle, la Mauritanie avait attiré la convoitise des Français déjà installés à Saint-Louis, qui y voyaient un haut lieu stratégique pour contrôler les périphéries de leurs colonies en Afrique du Nord et en Afrique occidentale et pour neutraliser les mouvements nationalistes de résistance.

Toutefois, le statut géopolitique de la Mauritanie actuelle ainsi que son potentiel économique et militaire, ne font plus, de la mémoire impériale de ce pays, que l’ombre d’elle-même. Confrontée aux menaces d’insécurités tous azimuts, la logique des choses et le bon sens interpellent plutôt la Mauritanie à se résigner inévitablement à faire la politique de ses moyens quand bien même elle n’a pas les moyens de faire ses ambitions politiques.

Acteur et victime de l’ambivalence de sa propre politique étrangère, la Mauritanie a été l’un des pays sahéliens qui avaient accueilli des équipes spéciales de la US European Command (EUCOM) en 2004 dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. L’objectif de cette mission portait sur la mise en œuvre des formations et entrainements internes du programme d'assistance de sécurité "Initiative Pan-Sahel", fournis par le département d'État américain à la Défense.

C’est cette même Mauritanie, qui en 2010 a eu des velléités pour bousculer l’Algérie voisine, comme gendarme du Sahel, abriterait plutôt discrètement, un détachement du Commandement des Opérations Spéciales Françaises (COS). Ce détachement d'une centaine d'hommes environ basé à Atar est chargé de la formation des GSI (Groupements spéciaux d'intervention) de l’armée Mauritanienne qui ont été impliqués dans les opérations contre AQMI en 2010 au Mali. Le détachement aurait participé également à l’opération militaire franco-mauritanienne dans le Nord du Mali pour libérer l’otage français Michel Germaneau. A en croire certaines sources spécialisées, ce même détachement aurait été déployé à Ouagadougou, pour une éventuelle action contre AQMI au Mali. L’idée de la formation des Groupes Spéciaux d'Intervention (GSI) pour la lutte contre le terrorisme au Sahel serait éventuellement élargie par la France au Mali et au Niger.

D’un point de vue géostratégique, l’analyse des imbrications des données actuellement disponibles et leurs incidences potentielles sur l’aggravation des menaces d’insécurité et d’instabilité en Mauritanie fait ressortir indiscutablement des risques d’enlisement réels. Certes, la guerre au Sahel, contribuerait à l’épuisement des réseaux d’AQMI, mais, elle lui donnera une nouvelle légitimité au Sahel. C’est pourquoi, les groupes salafistes rêvaient sans doute d’une internationalisation rapide de la guerre contre eux. Cependant, la diabolisation d’AQMI pourrait aussi voiler les véritables enjeux de la confrontation. La menace terroriste au Sahel ne serait-t-elle pas délibérément amplifiée pour servir d’alibis aux interventions visant à prendre le contrôle exclusif des richesses de la région ?

Au cours des cinq prochaines années, la géopolitique du Sahel serait déterminante pour l’avenir de la stabilité de l’Afrique et celle de ses voisins Européens pour les vingt années à venir. Le Sahel, qui demeure à la croisée des chemins de tous les dangers, restera encore longtemps une zone sensible où se jouera une grande partie de l’avenir du monde.

Quand aux perspectives de la guerre au Nord du Mali, je pense qu’elle a ouvert la Jarre de Pandore… Le "Serval" de Napoléon risque d’ébranler toute la région sur le chemin périlleux d’un nouvel Afghanistan au Sahel !

Les minutes de la guerre au Mali ne seront que les prémisses d’une nouvelle ère géopolitique où, les cartes géographiques et politiques de la région du Sahel seront redessinées dans le style des accords secrets de Sykes et Picot. Ces fameux accords qui ont été signés en 1916 entre la France et la Grande -Bretagne (avec l'aval des Russes et des Italiens), prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la première guerre mondiale, en zones d'influence entre ces puissances, dans le but de contrer les revendications des Ottomanes et trahir les espoirs des Arabes pour l’indépendance et l’autodétermination.
Les nouvelles cartes de partage de la région du Sahel sortiront cette fois-ci avec une saveur âcre de soupe aux grenouilles, savamment préparée à la socialiste française du 10, rue de Solférino.

Le fameux tandem Sykes et Pico se remueraient actuellement dans leurs tombes, prendraient certainement des crayons, des morceaux de papier blanc et des cartes grises concoctées pour la région du Sahel et, se prépareraient maintenant à tracer des lignes nouvelles, des frontières nouvelles et, à créer des entités nouvelles…
Diviser davantage ce qui est déjà une partition, segmenter et séparer à l’infini les entités intrinsèquement inséparables.
Avec la guerre de Napoléon au Nord du Mali, aucun pays du Sahel ne serait à l’abri, désormais, de l’effet des crayons traceurs des nouveaux Sykes et Pico !

Mohamed Saleck OULD BRAHIM
Expert en relations internationales,
Senior Researcher / CMRDEF
medsaleck@gmail.com



jeudi 22 novembre 2012

رسم أزويرات: اسطورة من حديد

بطاح ازويرات..
مدينة لا.. 
كالمدن..
فقاعة..
تقبع خارج الزمن..
مرايا مهشمة..
في ذاكرة المكان..
مدينة الألف جبل..
و ألف بستان..
مدينة الأمل..
و السراب..
مدينة العطش.. و العصيان
يلفها الغبار.. و الأحزان..
تنعق في سماءها الغربان..
تحفة موحشة..
في زمن النسيان..
مدينة التلال..
والسفوح..
-000-

شرنقة.. من بلور..
فيروزة في تاج "جمشيد"
جنية حزينة..
تسكن بين الملح و الكبريت..
ساحرة تكتحل..
بالسم في عيونها الكبار..
و تنفث الدخان..
بين خصلات شعرها المخضبة.. 
-000-

أزويرت..
أسطورة "كونغاي"
أميرة صينية..
ضحت بنفسها..
لتصنع.. ناقوسا من حديد ..
المعادن لا تتحد..
ما لم تمتزج بدماء..
فتاة عذراء..
أزويرات..
يوتوبيا..في اللازمان..
شفافة كالألماس..
أصيلة كالذهب..
صادقة كالحجارة الكريمة..
لكنها.. مصابة..
بلعنة الأقدار..
ازويرات..
طائر "فينيكس" خرافي..
عنقاء ذات سبعة أرواح..
من العصر الجوراسيكي..
أسطورة من حديد..
ولدت من رحم خصيب..
بنت تيرس زمور.. الكبرى
خرجت ذات يوم..
من بين أضلاع "كدية الجل"..
تنين غاضب..
نفخ فيها الروح..
انطلقت أنشودة..
تداعب الوجود..
اخضوضرت..
و "نعمت"..
انسكبت
نورا..
يملأ البطاح..
ثم انزوت..
و شحبت...
تنتحب.. بلا دموع..
تحترق كل يوم ..
ألف مرة..
لتولد من رمادها..
فجر كل صباح..

-000-

قديما..
تغنى البيظان بجمالها..
و.. تلالها..
حليب نوقها..
مرابعها التليدات..
كدية الجل..
تزاديت..
فنيف..
لقليبات..
السويديات..
تورين..
قلب الغين
قلب الشيباني
قلب الحديد..
ازميلة لكطوطه..
أودي الحلفه..
بطحة السبط،
أم اظفيرات..
أم ارواكن..
لمهوده..
-000-


ولدت 
أزويرات..

مستوطنة أوروبية..
تلعب بالماء.. والنار ..
على سفوح قرمزية..
تداعب بأخمصها..
رمال الصحراء ..
تستلقي ..
كحورية شبقة..
خرجت من عباءة..
شيطان رجيم..
ترسم آلاف الدوائر..
فوق "بطاح" بيضاء..
ترسل شعرها الطويل..
إلى أسفل الوادي..
تنعكس صورتها..
على كل التلال..
ازويرات..
قطفت تفاحة حرام ..
سقطت..
في سراديب الإثم الأبدي..
لحقت بها لعنة سرمدية..
قطارات "سيزيف" تائهة..
تمخر عباب الصحراء..
تنقل حجارة..
دما.. و.. عرقا..
تعبر المحيطات..
نحو أفق بعيد..
لعنة.. الفراعنة..
تطارد لصوص المغارة..
يخرج من باطن الأرض..
بأس الحديد..
ازويرات..
كما بدأت.. انتهت
ركام حداثة عابرة..
تنفث دخانا .. ونارا..
تسرح نحو المجهول كالأشباح..
تصلب نفسها بنفسها..
على سارية السراب..
تموت عطشا..
و تمضي غبارا..
تذروه الرياح..


-000-

أزويرات..
أغوت المغامرين..
و الحيارى..
و الطامعين..
شحذت همم النصارى..
حلموا فيها بالغنى..
قدموا من بعيد..
بهرهم..
لمعان الحديد..
فجروا..
تخوم الأرض..
قلوب الجبال ..
حملة نابليون..
من جديد..
-000-

أزويرات..
جمعت.. و فرقت..
فتنت الأشقاء الألداء..
دقت بينهم عطر أم منشم..
انقسموا.. اقتتلوا..
في الشوارع و على الأبواب..
تكبدوا.. و استشهدوا..
موريتانيون..
صحراويون..
مغاربة..
أزويرات..
كانت رأس فتيل..
لحرب خاسرة..
عزاؤها.. و فخرها..
بلا معنى..
القاتل و المقتول..
كلهم في الصحراء..

-000-

أزويرات..
مدينة الرفض و الكفاح..
ساخطة ككل مدن المناجم..
أشعلت ثورة الجهاد..
وثورة العمال و.. الفلاح..
أنجبت ثورة الصحراء
اطلقت شرارة حرب التحرير..
أوقدت كل شموعها..
لتنير الطريق
و انتبذت من أهلها..
مكانا قصيا..
كمريم العذراء..
صوفية.. كرابعة العدوية..
راهبة.. كالمجدلية.. صابرة.. صبر أيوب..
واهمة..
كأعمى ينتظر..
عودة البصر..
-000-


تمر بها السنون..
و تبقى..
بكامل زينتها..
ازويرات..
مدينة حالمة..
غجرية سافرة..
كمومسات شارع "سين دينيس" في باريس..
زاهدة.. كدير مهجور
بالية.. كقبر دارس..
ساذجة.. كصبية بريئة
بهية من غير جمال..
سعيدة من غير أحلام..
وردية بلون المعادن و الغبار
وديعة من غير طهر..

-000-

ازويرات أرض حمراء..
بطاحها حديد..
حديدها بطاح..
مدينة التناقضات و الأضداد..
حاضنة الثورة و الثوار..
قلعة الأحرار و الأخيار..
أرض الإبل و الحليب و.. القتاد..
عاصمة الحداثة..
أهلها بلا مطامح..
"شانتية" رتيبة..
كئيبة.. حاراتها..
بيوتها بلا ملامح..
خرزه في برزه..
ضجة.. قامت و انتهت..
شيء بين "الزيرة" و "البطحه" ..
شيء بين "الكدية’ و "السبخة"..
عيطة في وادي مسكون.
حيث يحترق الحديد بالنار..
و تحترق النار بالكبريت..
عفاريت الجان ..
مردة التكنولوجيا الأمريكية..
يعبثون بمكورات الحديد..
يهدمون الظل..
بمعاول عملاقة..
من فولاذ..
بحثا عن كمأة الصحراء..
ليسكروا بها..
عند المقيل..
وحوش ينشرون الخراب..
في ثنايا جسد جميل..

-000-

أزويرات ..
مدينة تتجدد كل صباح..
ترتوي بهواء تيرس ..
ترحب بكل القادمين..
محطة مفتوحة..
بلا أبواب و لا سقوف..
تحتضن كل الوافدين..
تنتصب شامخة..
في الهواء الطلق..
فاتحة ذراعيها..
قبلة للطامحين و النازحين
جنة للكادحين.. و الفاتحين..
حبيبة لكل العاشقين..
ترابها.. أحجارها..
"زيراتها".. "ركوكها" الحمراء..
بطاحها.. جبالها.. نخيلها،
سماؤها الزرقاء..
ألهمت قريحة كبار الشعراء..
سحرت عيونها العسلية ولد الطلبه..
القادم على ظهور العيس..
عبر الصحراء..
أهداها أروع القصائد..
"في مراتع تيرس.."
لكنها هجرته ..
ثم.. ارتمت في أحضان "جان أوديبير"
مغامر .. أوروبي..
سندباد من طينة "فرديناند دي ليسبس"
سمسار دولي محظوظ..
مهندس بارع..
في سحر المعادن ..
جاء من قرية مغمورة..
وسط فرنسا..
سرق النار من "بروميثيوس"..
خطف حديد ازويرات..
في أقصى الشمال..
صهره في الأفران العالية في "دينكرك" ..
على ضفاف بحر الشمال ..
ركب صهوة "اللاندروفر"..
منتصف الخمسينيات..
أسس حاضرة مخملية..
أثرى أصحاب رساميل.. ميفرما..
من أعماق مناجم ازويرات ..
مأساة أزويرات..
حديد أزويرات..
أجود مرتين..
من حديد.. "اللورين"..
قصة ميفرما مع حديد أزويرات..
كقصة حفر قناة السويس ..
كقصة "خريبكة" مع الفوسفات.. في المغرب..
كقصة "اسويل" مع النحاس.. في تشيلي
كقصة "كولمانسكوب" مع الماس في ناميبيا..
كقصة "ويتنوم" مع "الأسبستوس" في استراليا..
كقصة "بودي" مع الذهب في كاليفورنيا..
كقصة "كاديكشان" مع الفحم في روسيا..
رحل "أودبير" و رحلت"ميرفرما" ..
و بقيت ثمرة عشقهما للحديد و المال.. و النار..
بنت فرية..
بلا هوية..
تسمى ازويرات..
مدينة ملأت الدنيا..
و شغلت الناس..

-000-

منذ ذلك الحين..
تعاني أزويرات..
أوجاعها .. الأبدية..
انفصام الشخصية
ضعف الذاكرة..
شخوص البصر..
فقر الدم..
ضيق في التنفس..
ازويرات
مدينة.. تحتضر..
بالسيليكوز..
لكنها..
لن تموت..
من تحت الغبار..و الرماد..
ستنهض نار مقدسة
ينزل مطر بلوري..
يغسل محياها البريء..
و تنتصر الحياة..

-000-

أزويرات..
زنبقة تائهة..
في صحراء قاحلة..
تقاوم الريح..
تنتشي باللظى..
مدينة.. مخضبة بالأسى..
جابت كل دروب الإباء
"شانتيه".. مفتوحة..
ورشة قزحية..
لمقالع الحديد..
حولها الكادحون..
إلى كعبة للنضال..
ثارت و استثارت..
قاومت و استبسلت..
عملت.. و شقيت..
كدحت.. و قدحت..
أزبدت و ارعدت..
أثخن فيها..
صولجان القمع الآثم..
تساقط الشهداء..
في الميادين..
اربعت الأرض.. بالفداء
إلى أن جاء التأميم
دخلت سياسة التأزيم..
بدأت حكاية "لاسنيم"

-000-

"لاسنيم" في ازويرات..
ترجمة فورية لكلمة ميفرما..
بحروف عربية ..
و سحنة نورماندية ..
شركة.. وطنية.. للصناعة.. و المناجم..
وطنية.. لا تتحدث اللغة العربية..
و لا البولارية..
و لا السونكية..
و لا الولفية..
و لا الحسانية..
و لا الصنهاجية..
صناعية..
بلا صناعات..
منجمية..
لم تبق لها مناجم..
لم تصنع وادي السيلكون..
لكنها.. أسست وادي السلكوز..
وهج المعادن..
يغذي سراب الأمل..
في قيعان لا متناهية..
"لاسنيم" في أزويرات..

-000-

بعد انتهاء فورة النضال
و زمن الخطب و الأقوال
جف مداد الحبر ..
و انقشع الغبار..
"لاسنيم"..
خطوط باهتة..
فوق رمال الصحراء..
حلم أجيال..
ليس له نهار..
مرتنة الوظائف..
مجرد شعار..
من متاهات "ميفرما"
إلى متاهات "لاسنيم"
ثروات أزويرات..
تهرب عبر القطار..
"لاسنيم" في أزويرات..
عملاق أحمر..
بأقدام من طين..
مارد أهوج..
خرج من بحيرة "تزاديت"..
المسكونة بالعفاريت..
خرافة.. تتغذي بالحديد..
يستمر.. النشيد
استغلال خيرات الشعوب..
يافطات ماكرة..
نخاسة الزمن الجديد..
"لاسنيم"
حلم "ابكم".. و أصم..
لجموع العاطلين..
نبيذ رخيص..
يتعاطاه الضائعون..
أكسير حياة..
على رصيف.. الشحاذين..
يحلم به الوافدون..
أفيون للمستضعفين..
و الجورناليين..
لعبة بيروقراطية صدئة..
لا تسمن.. و لا تغني من جوع..
بلا ضباب..
تغذي الوهم و السراب
في قيعان تيرس..
"لاسنيم"
"كوبانية" بلا جنس..
و لا.. وطن..
وحش.. تكنولوجي كاسر..
يأكل.. الأخضر و اليابس..
يلوث المكان..
يخسف بالزمان..
يقهر الإنسان..
تنكرت للعمال..
و خلقت "الجورنالية" ..
أشباه عمال.. و لا عمال..
"لاسنيم" مع الحديد..
أسطورة شعبية معروفة..
قصة "عر" مع "تاره"..
تفننت في صناعة النخاسة..
و أهملت صناعة الإنسان..
-000-

ازويرات..
مدينة لكل السياسيين..
الاقريبن.. و الابعدين..
مختبر.. الإنتخابات..
و الإنقلابات..
الكل فيها..
يغازل الشغيلة..
و العاطلين..
و التائهين في الفلات..
المعارضة و الموافقة فيها..
وجهان.. لعملة واحدة..
الكل يحكم..
و الكل محكوم..
أزويرات..
تحكم نفسها بنفسها...
عنوان للإندماج..
معلمة للتعايش ..
مدينة لكل الناس..
مدينة بلا قبائل..
و لا جهات..
مدينة الصحراويين..
العائدين.. الذاهبين..
سوق عكاظ للتهريب..
قوافل الزيت..
و الشعير و السجائر..
مدينة بلا.. عقد..
بلا محرمات..
بلا تابوهات
لا شيء في ازويرات مستحيل..
مدينة لكل الموريتانيين..
من كل الجهات..
فسيفساء من الأجناس و المجتمعات..
وحدت بين الشمال و الجنوب..
خلطت بين الشرق و الغرب..
ربطت بين النهر و البحر..
جمعت بين الكبله و آفطوط..
دمجت بين آدرار و شمامه..
نسجت خيوطا بين الحوضين و الساحل..
أدخلت لعصابة في اترارزة..
و أخرجت تكانت من كيديماغة..
جاء الجميع..
تحت عباءة "لاسنيم"..
و خرجوا .. بخفي حنين..
ازويرات ..
ديمقراطية حتى النخاع..
مدينة التناوب و التجاذب..
تعشق المعارضة..
و تنام مع.. الأغلبية..
ترشح بلا حسابات..
تصوت بلا مجاملات..
ازويرات ..
مدينة لا تباع و لا تشترى..
شيوعية في النور و الغبار.. و "السليكوز"..
ليبرالية في الليل قبل النهار..
ثقافتها السائدة..
أنها مدينة بلا ثقافة..
-000-


أزويرات..
مدينة فاضلة..
لم يحلم.. بها افلاطون..
تنكر لها وطن.. و أمة..
"ميرفرما"..
دولة قبل الدولة
أنشأت أزويرات..
من فراغ..
"لاسنيم" دولة داخل الدولة..
أعادت أزويرات..
إلى الفراغ..
أمتص الخارج و الداخل..
خيرات ازويرات..
أزيد من نصف قرن..
تركتها كل الأنظمة..
خارج الزمن..
ظلم ذوي القربى..
بلا عزاء..
مدينة .. نازفة..
رئة البلاد..
لم ترحمها.. البلاد
تموت في هدوء..
بداء السحار..
يبيعون بالجملة..
ما تبقى.. من حليتها العتيقة..
و يجعلونها تسكر..
بماء مشاريع السراب..
أزويرات..
طفلة يتيمة..
بلا أقارب..
تخلت عنها الدولة الغائبة..
و رمت بها عند أقدام..
"الشركة" القابضة..
"لاسنيم"..
حالة مستعصية..
فلزات الشيزوفرينيا..
و نترات داء العظمة..
"لاسنيم".. في أزويرات..
ماكينة.. جامحة..
لا تستطيع نسيان..
ماضيها الإستعماري..
قبل خمسين عاما..
شيدت "ميفرما" حائطا عنصريا..
فيما بعد..
سيلهم مهندسي إسرائيل..
عزلت الحي الشعبي عن الحي الأوروبي..
في ازويرات..
"لاسنيم" بعد أن بددت الأحلام..
و سفهت طموح كل الطامحين..
قسمت "الشانتيه" إلى حارات..
جدار برلين..
لم يسقط في أزويرات..
جدار ذهني..
للفصل بين بني البشر..
سكان ازويرات..
يولدون و هم يعرفون..
الخط الفاصل بينهم..
في الجينات..
أشباح تائهون..
وجوه مغبرة..
بلا ملامح..
صعود و نزول...
دوريات.. و فرق..
صباح.. و مساء..
لا فرق..
سيارات عابرة..
في كل الإتجاهات..
شمس.. و غبار..
برد.. و حر..
أجانب من كل الأجناس و اللغات..
أزويرات..
مدينة المناجم..
و الأحلام.. المكسرة..
تعلم الناس فيها..
كيف يعيشون..
على حد السيف..
بين الدولة الهاربة..
و الشركة القابضة..
في ازويرات..
تذوب كرامة الإنسان..
على صخرة من حديد..
ألف مرة..
تحترق المدينة كل يوم ..
فيولد من رمادها..
طائر أخضر جميل..
فينيكس .. جديد..

محمد السالك ولد ابراهيم 
 22 نوفمبر 2012 

هوامش:

- النص: "بورتريه سوريالي " surréaliste portrait لمدينة ازويرات المنجمية في الشمال الموريتاني. "رسم أحمدي" على طريقة سدوم ولد اندرتو، و إيقاعات نزار قباني و ومضات غسان الإمام. وصف لتلافيف ذاكرة المكان و الزمان. تأملات في صعود و نزول مدينة أنجبتها الحداثة الغربية في أوج طموح الرأسمالية الدولية العابرة للقارات.. تجاهلها وطن .. فلم يستطع الإفادة منها.. ولم يفدها بشيء. مزيج هلامي من ألوان التعبير.. شعر منثور و نثر مشعور على إيقاع "موماية" القصيدة النثرية العربية. شذرات بيان من حمإ مسنون.. شطحات من بوح بالمكنون .. خطرات في جلد الذات و المكان.. نبض استشراف لأفق يتجاوز لحظة الإنفعال..

رسم ازويرات .. صيحة في آخر ليل طويل.. من الحرقة.. و المآسي.. و المظالم..
لحن شارد.. لتخليد مدينة مشاكسة..
أحبها كثيرون.. و أنا واحد منهم..

- الكاتب: أحد أبناء الشتات.. من أهالي مدينة ابطاح ازويرات.. عاش طفولته بين أحيائها و حاراتها الوديعة.. سكن في "ديميز".. شرب مياه "تزاديت العذبة" و مياه "واد اللقاح" المالحة.. درس في المدرستين رقم واحد.. و أثنين.. لعب في ساحاتها.. عشق صفاءها .. و تنفس غبارها القاتل.. قبل أن يرحل.. ابتعد عنها كثيرا.. لكنه حمل أحزانها.. و خيباتها.. و آمالها..
يزورها على فترات متباعدة.. يصدمه كثيرا واقعها المزري.. و حياتها التائهه.. فيتمنى لها الأفضل..

- "ميفرما" MIFERMA أو "معادن حديد موريتانيا" هي شركة دولية متعددة الجنسيات تشكلت من 3 شركات فرنسية، و 3 شركات بريطانية، و شركة كندية و شركة ألمانية و شركة إيطالية بالإضافة إلى أكبر مجموعة مصرفية يهودية في العالم هي بنوك و شركات "روتشيلد" للتعدين. تأسست الشركة يوم 16 فبراير سنة 1952 من أجل استغلال مناجم الحديد في أزويرات نهبا. مولها البنك الدولي بمبلغ 66 مليون دولار أمريكي بتوصية من البارون المتنفذ "غي دي روتشيلد". و بذلك، ظلت سابقة في تاريخ الإستثمار العالمي، فلم يسبق للبنك الدولي قبلها أن مول شركة من القطاع الخاص. أما الحكومة الموريتانية فلم تساهم في رأس مال ميفرما إلا بعيد الإستقلال سنة 1963 و ذلك بنسبة 5 % فقط، بينما بلغت نسبة مجموعة شركات "روتشيلد" وحدها حوالي 20% من رأس مال الشركة.
صدرت ميفرما إلى الخارج ما بين سنة 1963 و سنة 1974 ما معدله السنوي المعلن 10 مليون طن من خامات الحديد عالي الجودة من مقالع الحديد في أزويرات.
أممت الحكومة الموريتانية ميفرما في 28 نوفمبر 1974، و دفعت حينها للمساهمين الأجانب تعويضا ماليا يقدر بـ 110 مليون دولار منحت منها الكويت 40 مليون قرضا و الباقي دفعه العراق و الجزائر و ليبيا و السعودية هبة.
منذ ذلك التاريخ، أحيلت ممتلكات ميفرما و صلاحياتها إلى شركة وطنية تأسست على الورق سنة 1972 تسمى "سنيم".

ولد الطلبه: امحمد ولد الطلبه اليعقوبي، 1774) - 1856م) شاعر تيرس العظيم، ولد و توفي فيها. لم يبق مكان في نواحي تيرس إلا وخلد في شعر النسيب الجيد. له ديوان يضم 1500 بيتا، حققه وشرحه الباحث: محمد عبد الله بن أشبيه، متضمنا كل ما أمكن العثور عليه من شعره. كما حققه باحث آخر هو محمد محمود بن محمد الأمين. صدر ديوانه في طبعة جيدة عن مؤسسة أحمد السالك ولد ابوه.

"جان أوديبير": Jean Georges AUDIBERT (1921-1989)، مهندس فرنسي، متخصص في المعادن، كان مديرا عاما لشركة "ميفرما" بين عامي 1956 و 1972، ثم كان آخر رئيس مجلس إدارة للشركة عندما حصل التأميم سنة 1974. أسس "جان أوديبير" مدينة أزويرات في موقعها الحالي..
جمع جان أوديبير مذكراته في كتاب "ميفرما: مغامرة انسانية وصناعية في موريتانيا"، الذي صدر بعد وفاته، بعد أن أكملته و نشرته زوجته، سنة 1991.
MIFERMA: Une aventure humaine et industrielle en Mauritanie Jean AUDIBERT L’Harmattan (1991)

سيدي محمد ولد بوبكر: قراءة في طموح سياسي مثير؟

حتى وإن بَدَا متأخرًا ذلك الطموح السياسي الذي أبانَ عنه الوزير الأول الأسبق السيد سيدي محمد ولد بوبكر، من خلال الإعلان عن ترشحه للمنصب...